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Les Rois de la Rade .

 

Le 9 janvier, en pleine nuit à 14h27, un aveugle pénètre sur la toile…

www.orion-brest.com. Entrée.

Lien "météo". Entrée.

Lien "bulletin VHF côtier pointe Bretagne". Entrée.

La synthèse vocale de l'ordinateur lit les prévisions météorologiques pour la soirée et la nuit. Un vent de sud-ouest, de force 5 à 6, se renforçant en deuxième partie de nuit, 7 à 8 beaufort.

Retour au menu et entrée sur le lien "marée". La pleine mer est à 18h00 avec un coefficient de 80.

Ces données vont permettre d'envisager les possibilités d'une navigation courte (20h00-minuit) dans des conditions de vent et de courant qui laissent peu de scénarii possibles.

Un coup de téléphone au capt'ain Mathieu fixe la route, l'étape gastronomique et la distribution des tâches à chacun des quatre hommes de l'équipée nocturne.

La traditionnelle nav de Noël n'ayant pu se faire, la vengeance de la nav des rois devra être à la hauteur.

A 20h30, au port du Moulin Blanc, dans la pénombre, un voilier de 8 mètres prend vie. Les amarres sont prêtes à être larguées, Mathieu a mis en marche l'ordinateur qui va vocaliser les informations marines et le vent étant favorable, la grand voile est hissée au ponton. Objectif: route sud pour sortir de l'abri portuaire puis cap à l'ouest afin d'aller se mettre dans l'enceinte protégée du port de commerce.

Le système informatique embarqué est maintenant équipé d'une reconnaissance vocale.

Les demandes de données sont faites à la voix et la centrale de navigation, via le PC, répond fidèlement sur le cap, le relèvement, la vitesse ou décrit les balises les plus proches au fur et à mesure de l'avancée. Claude à la barre ne se lasse pas de toutes ces informations qui lui donnent l'autonomie d'ajuster constamment son cap.

Vers 22h00, Sirius est installé à couple de la célèbre "Recouvrance" et quoi de plus évocateur d'aventures de marins, que ce vieux gréement de plus de vingt mètres. La soirée est relativement douce et décision est prise de déguster le repas de crêpes sur le pont alors que Mathieu s'affaire à les garnir et les chauffer dans le carré. La galette des rois du dessert, préparée par Claude, réserve une surprise à Bruno puisque la fève le désignera "roi de la rade" pour cette nuit. Sur le chemin du retour, il sera dans l'obligation de barrer, couronne sur la tête. Ni le halo des lumières lointaines de la ville, ni les noirs flots de la rade ne laissent de place à quelconque témoin. Heureusement, car du roi de la rade, à l'amiral des couillons, il semble n'y avoir qu'un bout ténu…

Au-delà des plaisanteries, le bateau rentre, au portant, sans encombre, d'autant que le vent est bien moins fort que prévu (une quinzaine de nœuds). En approchant de l'arrivée, vers 0h30, il va falloir bien rester dans le chenal car la mer est basse. Là encore, l'indication orale de profondeur est indispensable. L'accostage au ponton se fait en douceur, à la voile avec Jean à la barre. Jean qui restera dormir à bord alors que les autres rentreront. Car, non contents que leur bateau associatif les attend au port, ces trois Kerhoristes habitent à proximité immédiate.

Conscients de cette chance, qu'ils ont provoquée, ils sont réellement heureux du plaisir d'avoir cette possibilité, en semaine, d'une échappée de salle gosses. Savoir que la ville s'apprête à regarder la télé puis à se mettre au lit vers 23h00, savoir que leur voilier n'attend qu'eux pour faire le mur du Moulin Blanc, savoir qu'ils feront fi de la nuit, et comble de la provocation savoir qu'ils s'installeront au pied de cette ville endormie, pour un dîner de crêpes sur l'eau. N'est ce pas là, une très légère sensation de transgression des codes, dont nous avons tous besoin, et qui contribue à pimenter un quotidien trop morne?

Mais peut-être est-ce aussi le savoir faire de ceux que la vie a cabossé, que de donner de l'intensité aux choses apparemment simples.

 

Jeff Blind

 

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