retour au menu

logo

Présentation.

 



Orion, association loi 1901 dont le siège social est à Brest, a été créée en mars 2002 suite à la rencontre d’un ex-motard ayant perdu la vue et d’un étudiant monteur de voile.
Cette association présente plusieurs particularités :
- un objet sans précédent en France : « donner accès à une pratique la plus en autonomie possible de la voile aux personnes en situation de handicap visuel. »
- un fonctionnement participatif, par une large présence des usagers, au Conseil d'Administration, au bureau et dans la concertation sur la mise au point des techniques d'adaptation.
- des moyens spécifiques, dans le développement de technologies et de pédagogies spécialement adaptées.
- une activité régulière et continue tout au long de l’année grâce au formidable terrain de jeux de cent cinquante kilomètres carrés offert par l’abri naturel qu’est la rade de Brest.
L'association Orion, bien que jeune, a une activité intense basée sur trois thèmes récurrents. Tout d’abord, nous naviguons sur différents supports. Nous menons ainsi de front la pratique sportive sur dériveur et les aventures humaines liées aux croisières côtières et hauturières. Ensuite, les adaptations techniques telles que les bouées sonores, les cartes en relief ou encore le matériel de synthèse vocale implique l’articulation de moments de réflexions et d’expérimentation. Finalement, l’addition de nombreux éléments pédagogiques liés à la spécifité du handicap donne lieux à l’élaboration de méthodes pédagogiques basées sur les repères non visuelles que nous sollicitons.
1. LES SUPPORTS.
Au départ du Port de Plaisance du Moulin Blanc à Brest, les marins aveugles pratiquent la régate sonore sur des Sprintos depuis 2003, la croisière rudimentaire sur JOD 24 pendant l’année 2004, et la croisière adaptée sur un Ecume de mer depuis 2005.
1.1. La voile légère
A l’opposée de la balade en rade, cette activité voile légère offre aux pratiquants déficients visuels les « reines » des Sprintos.
1.1.1. Les sprintos
Dès mars 2002, le Sprinto est apparu comme un bateau suffisamment réactif pour être "parlant" à une personne privée de la vue.
Grâce au Centre Nautique de Brest, nous bénéficions d’un créneau sur Sprinto. Ce dériveur lesté de six mètres soixante, prévu pour un équipage 4 personnes, est doté d’un spi asymétrique. Son faible poids et son importante voilure le rendent apte à procurer des sensations de glisse particulièrement franches à partir de huit nœuds de vent. La nervosité et la réactivité du Sprinto en font un support privilégié pour associer les notions aux sensations. Ainsi, la gîte, très prononcée au près, et les écoulements ostensibles au portant, sont des repères efficaces permettant à un barreur non-voyant d’appréhender l’état de puissances du voilier. Le langage du Sprinto se compose essentiellement de sensations accrues.
1.1.2. Le Match racing-sonore

L’accessibilité des Sprintos nous a ouvert une pratique hebdomadaire depuis septembre 2003. Suite à une rapide progression à la barre et aux manœuvres, la volonté de régater a émergé.
La pratique du match-racing est adaptée dans le sens où elle n’implique que deux voiliers, signalés au moyen de corne de Brume. Trois bouées sonores balisent le parcours par l’émission de trois sons différents. Les équipages sont composés de quatre personnes dont un moniteur voyant et trois pratiquants déficients visuels. Le moniteur souffle dans la corne de brume par alternance pour signaler la position de son embarcation à l’autre équipage. Un son est émis en bâbord amure, lorsque le vent arrive par la gauche du voilier ; et deux coups de corne sont soufflés en tribord amure, lorsque le vent arrive par la droite et que le voilier est prioritaire. Ainsi la position et le caractère prioritaire du voilier sont indiqués. Le barreur a pour mission d’aller vite et de contourner les bouées sans les heurter. Le tacticien règle la grand voile et se focalise sur la position du voilier sur le parcours sonore. L’équipier s’occupe de la voile d’avant et informe le tacticien sur la position de l’autre voilier. Les décisions sont collectives ou prisent par le tacticien en cas d’urgence.
La complexité informationnelle de cette activité nécessite une pratique régulière afin d’intégrer les règles d’une part, et d’identifier les situations et les différentes solutions d’autres part. Un support tactile est nécessaire au cours des briefings et débriefings.


1.2. La croisière
L’objectif de cette activité croisière est d’enseigner aux pratiquants déficients visuels débutants ou confirmés une autonomie maximum sur les postes de barreur, équipier, cartographe embarqué, pêcheur ou cuisinier du bord.


1.2.1. Bilbo, horizon nouveau

Durant l’année 2004, un propriétaire a mis à notre disposition un Jod 24 en échange de son entretien. C’est à partir de ce moment que la famille Orion s’est mise en marche ! Tout le monde, voyants, non-voyants, marins, pas marins, toute l’équipe a mis un point d’honneur à entretenir ce voilier. Le challenge était plus délicat encore puisqu’il s’agissait d’adapter Bilbo de façon réversible afin de le rendre à son propriétaire en l’état initial. Ainsi, nous avons scotché, scratché et utilisé des bagues en plastique pour fixer notre premier dispositif de synthèse vocale. Ce système se composait d’un ordinateur portable suspendu dans un filet, d’un GPS portable noué sur un bout, de haut-parleurs amplifiées et d’une manette de jeux vidéos emballée dans un plastique et scratchée sur le pont.
Ce dériveur lesté de sept mètres trente de long et un mètre quarante sous barrot, nous a permis de sillonner la mer d’Iroise pendant un an sur le même voilier. Ce point s’est révélé particulièrement positif. En effet, la précédente location d’un First 300 pour une semaine, avait révélé un évident besoin de temps pour que nous installions nos adaptations et trouvions nos repères.
Par ailleurs, au cours d’une croisière d’une semaine en avril 2004, Bilbo a montré les limites d’une embarcation légère et sportive pour un public handicapé visuel débutant lorsque les conditions de mer et de vent sont plus soutenues.
Finalement, lorsque nous avons rendu Bilbo à son propriétaire, nous avons pu dresser un bilan. Une activité croisière était demandée par les pratiquants. Cette activité permet une vie de groupe, des apprentissages et une pratique intensive sur plusieurs jours. Par ailleurs les pratiquants peuvent entretenir le bateau, apprécier les adaptations à demeure, conserver une place de ponton et se fédérer autour de la notion de bateau-école collectif. L’association s’est donc mise en quête de fonds pour l'achat d’un bateau.

1.2.2. Sirius, voilier-école.

Grâce au financement de la Caisse d’Epargne, nous avons pu acheter Sirius, un Ecume de Mer version roof court avec un mètre dix de tirant d’eau et équipé d’un génois sur enrouleur. Sirius est entré dans la vie de l'association en mars 2005. Ce voilier de huit mètres, datant de 1974, propose six couchages, un carré, une cuisine et des toilettes. Le choix de ce voilier s’appuie sur nos précédents constats. Il présente donc des caractéristiques sécuritaires, propose des sensations de glisse franches et permet de mener une vie quotidienne décente à un équipage de cinq personnes.
Quelle incidence sur notre pratique ?
Sirius offre la possibilité d'initier des pratiquants en toute sécurité même lorsque les conditions de vent sont soutenues. Nous avons ainsi pu développer l'offre de croisière. Depuis l’acquisition de Sirius une dizaine de finistériens déficients visuels naviguent régulièrement, et plus de trente personnes de France et de Belgique sont venus naviguer avec nous. Ainsi, En 2005, pas moins de deux cent cinq sorties individuelles ont été réalisées sur Sirius.
Grâce à sa place au ponton du Moulin Blanc, Sirius est toujours prêt et présente un accès particulièrement facile. De plus, nous soulignons la polyvalence de ce voilier. Ainsi, Sirius est un support d’entrainement aux manœuvres à la voile, mais également un lieu de vie pour les pratiquants, un terrain de prédilection pour les réflexions menées sur la cartographie, le support de nos adaptations et notre outil pour participer à des régates comme le TRESCO 2006 (Morlaix, Guernesey, Perros-Guirrec, Morlaix). Sirius constitue même notre vestiaire et lieu de stockage pour les bouées sonores lors des séances de match-racing sonore !

Finalement, depuis que Sirius nous a rejoints la majeure partie de l’activité de l’association tourne autour de notre voilier-école. De nombreuses heures sont consacrées à des réflexions sur de nouvelles adaptations suscitées par la pratique.

2. LES ADAPTATIONS TECHNIQUES.
Bien que l’ensemble constitué de « l’élément vent » et des « principes de fonctionnement d’un voilier » ne requière pas d’adaptations spécifiques pour rendre accessible aux personnes déficientes visuelles la pratique la voile en équipage, un certains nombre de réalisations peuvent en améliorer la compréhension et l’autonomie.
2.1. Privé de la vue sur un bateau.
2.1.1. Les manœuvres sur le pont.

Outre le poste de barreur, dont nous détaillerons les repères plus loin, manœuvrer un voilier en l’absence de vision est accessible à tous. Nous proposons ici quelques adaptations pouvant être utiles. Premièrement, il est recommandé d’armer le voilier de drisses, écoutes et haussières présentant des diamètres et textures bien distinctes, des couleurs contrastées pourront être utiles pour les personnes mal-voyantes. Des indications en Brailles et en gros caractères peuvent être fixées sur les taquets du piano. Des surliures ou des scotchs peuvent fournir des repères de réglages intéressants. Ainsi, lors d’un virement de bord, le vent offre des repères de fasseyement très efficace, cependant il est difficile de régler une voile sans pouvoir observer son profil. Ainsi, le simple positionnement d’un scotch ou d’une surliure sur l’écoute de voile d’avant offre un repère pour border la voile. Sur Sirius, notre surliure est positionnée pour un réglage au près serré, avec trois tours au winch et le chariot de voile d’avant complètement reculé. Une fois ce paramètre intégré, différents réglages de voile sont possibles. La position de la surliure offre un repère rapide. Les ajustements plus fins nécessitent d’aller toucher la voile afin d’associer la position de la surliure à un profil de voile plus précis. Ce système est également utilisé aux allures de travers et de portant avec deux surliures pour un repère au travers, ainsi que d’autres sur les écoutes de spi pour le portant.
Les envois et les affalées de spi sont souvent appréhendés du fait de la grande surface de cette voile et des erreurs potentiels conduisant parfois à une gîte importante. Les manipulations de tangons sous spi symétrique sont mal adaptées au handicap visuel. A l’inverse, les manœuvres d’un spi asymétrique se révèlent bien plus évidentes. Outre la possibilité d’empanner sans aller « faire le singe » à l’avant grâce au bout dehors fixe, les allures de largues pour lesquelles ce spi est adéquat fournissent des informations de gîte franches et interprétables par opposition à l’allure du vent arrière souvent pauvre en sensations. Sur Sirius, nous avons conçu une chaussette à spi offrant le loisir d’envoyer et d’affaler depuis l’arrière grâce à une petite garcette fixée au centre du spi. De cette manière, quand le vent est soutenu, il est aisé de manipuler le spi tout en restant dans la zone sécurisée du cockpit.
Finalement différents détails profitent à rendre le bateau favorable pour la découverte de la voile en l’absence de vision. Ainsi, nous avons renvoyé l’écoute de grand voile sur le roof afin de pouvoir supprimer le chariot de grand voile du cockpit et ainsi retirer le risque de collision avec le palan d’écoute. Des pans de mousse sont collés sur tous les endroits à risque comme la bôme de Grand Voile par exemple. Par ailleurs, un système de longe et de harnais de sécurité est très souvent utilisé. De cette manière les pratiquants peuvent se rassurer en s’attachant rapidement d’une part et en sachant le skippeur également attaché d’autre part.
Ces quelques détails et bien d’autres certainement permettent aux marins déficients visuels d’être des équipiers particulièrement efficaces.
2.1.2. La vie à bord

L’exigüité et l’ordre inhérent à la vie à bord d’un voilier sont en elles-mêmes des adaptations très profitables à l’autonomie des personnes déficientes visuelles. Ainsi, lors des croisières, chacun des membres de l’équipage prépare à tour de rôle le repas et fait également la vaisselle. Une fois le bateau découvert dans sa totalité et son fonctionnement quotidien intégré, le niveau d’autonomie atteint par les pratiquants déficients visuels à bord d’un voilier amène parfois les voyants à oublier que certains équipiers ne voient pas.
Au cours des moments en intérieur, différentes activités théoriques s’articulent avec la pratique de la journée. Le papier américain permet de dessiner en relief pour donner des explications imagées à certaines questions métaphysiques ou simplement laisser les pratiquants représenter ce qu’ils ont compris ou pas, allures, écoulements laminaires et turbulents par exemple. Une maquette de voilier articulée propose une représentation globale des différents éléments du gréement et des actions réalisées lors des différentes manœuvres. Un lecteur d’écran sur l’ordinateur du bord permet aux personnes déficientes visuelles de tenir un journal de bord ou d’assurer le choix de la musique par eux-mêmes.
La vie à bord nécessite bien moins d’adaptations que l’appréhension de l’espace maritime extérieur au voilier habituellement appréhender par la vision.
2.2. Le bateau dans l'espace maritime
2.2.1. La cartographie.

Plus loin que la vie du bord et les bouées sonores utilisées pour le match-racing, depuis la naissance de l’association nous nous interrogeons sur le problème de la cartographie maritime non visuelle. Différentes expériences infructueuses nous ont permis de mettre point un système viable. Nous plastifions des cartes maritimes au format A3. Sur ces cartes, les zones de terre sont peintes à la peinture à l’huile mélangée avec du sable et les zones d’estran sont peintes sans sable. De cette manière, le toucher s’avère global et intuitif. En posant leurs mains à plat sur la carte, les personnes déficientes visuelles sont rapidement renseignées sur la configuration générale de la côte. Ainsi, la mer glisse et la côte accroche. Les zones d’estran sont moins sensibles puisqu’elle indique les secteurs où il est possible de passer à marée haute mais pas à marée basse. Nous essayons, dans la mesure du possible, de respecter la métaphore d’un « gros doigt » touchant l’espace physique réel. Les phares et balises sont représentés au moyen de gommettes de formes caractéristiques. Les points remarquables sont étiquetés en braille et en gros caractères. Finalement le système d’échelle respecte le fonctionnement voyant par une graduation relief toutes les minutes sur les axes des latitudes et des longitudes. Ainsi, il est possible d’utiliser la pointe sèche classique pour reporter les distances mesurées sur l’échelle des latitudes où une minute est égale à un mille nautique. Lors du changement de carte, l’échelle est une information essentielle pour construire un espace géographique cohérent. Finalement les coordonnées G.P.S. de latitudes et de longitudes sont inscrites dans les angles des cartes.
L’objectif de ces cartes est de préparer la route et de la contrôler en cours de navigations. Pour ce faire, nous positionnons les cartes sur des plaques en inox et utilisons des aimants reliés par un élastique pour matérialiser les différents points de route. Grâce à un système de gonds, la carte peut être postée verticalement dans la descente de Sirius et être consultée en cours de navigation. Cette table à carte est positionnée juste à coté du clavier numérique permettant de demander les informations relatives à la navigation par synthèse vocale.
2.2.2. La vocalisation des données de navigation.

L'informatique est un outil utilisé par les déficients visuels, via des logiciels adaptés notamment pour l'accès aux fonctionnalités de Windows et d’internet grâce aux logiciels lecteurs d'écran. A ce titre, le site internet d’Orion est un véritable outil pour les marins de l’association. Ces derniers accèdent aux informations météorologiques et horaires de marées annoncées vocalement.
A bord d’un voilier, de nombreuses informations sont nécessaires pour maîtriser les déplacements dans l’environnement marin. Sans les informations de position, cap, vitesse, distance restante et cap à faire pour atteindre le point de route, les marins déficients visuels ne peuvent pas extraire les informations pertinentes des cartes en relief. Conscient de ce besoin depuis la création de l’association, Morgan Trébern, informaticien bénévole pour l’association Orion, a créé un logiciel conforme à la demande des marins de l’association en 2004. Grâce au logiciel Orion les points de route aimantés positionnés par les pratiquants se trouvent dotés de la parole au fur et à mesure de la navigation lorsque les pratiquants les demandent. Ces informations sont une révélation, en effet, jusqu’à présent nous n’avions testé qu’un compas sonore qui émettait un son grave quand le barreur est trop sur bâbord et un son aigu quand le barreur s’écarte sur tribord. Au bout de dix minutes le barreur non-voyant en action s’est exclamé : « Autant brancher un pilote automatique ! ». La pratique de la voile est souvent concomitante de la recherche d’un sentiment de liberté, c’est pourquoi les pratiquants de l’association ont demandé un logiciel d’informations à la demande sans répétition permanente. Finalement, le logiciel Orion ne dit pas ce qu’il faut faire, il renseigne sur la position, le cap et la vitesse du voilier. Libre aux marins de choisir leur propres options. Par exemple lorsque le point de route est dans l’axe du vent, les pratiquants non-voyants consultent la carte pour choisir les bords qu’ils vont réaliser en fonction de la proximité de la côte. Pour illustrer l’efficacité du couple carte logiciel, nous pouvons citer ce jour où messieurs Claude Ledain, mal-voyant, avec Jean Le Lann et Bruno Quellec, non-voyants tous deux, ont passé le goulet de Brest sans aucune information de la part du moniteur voyant ! Cet exploit a pu être réalisé car aucun navire ne faisait route de collision avec Sirius ! Cependant, toujours dans le souci d’accroitre l’autonomie des marins non-voyants, il nous faut maintenant acquérir un radar et développer un logiciel qui annonce les navires faisant route de collision.
3. LA PEDAGOGIE SPECIFIQUE.
En mars 2002, les statuts de l’association Orion ont été déposés dans le seul but de pouvoir louer un voilier afin de réaliser une expérience pédagogique. Depuis, le questionnement autour de repères non visuels et de contenus pédagogiques adaptés n’a jamais cessé.
3.1. 2002, les repères pour barrer un voilier
La question de ce mémoire de maîtrise S.T.A.P.S. (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) était initialement : « Une personne non-voyante peut-elle barrer un voilier au près ? ». Suite à la première séance d’expérimentation avec monsieur Bruno Quellec, cette question est devenue « Quels sont les repères qui permettent à un barreur non-voyant de conduire un voilier au près ? » En effet, les aptitudes du sujet à barrer au près pendant trois minutes dans un vent compris entre dix et vingt nœuds sont édifiantes. Suite à une série d’expériences, nous sommes arrivés à une conclusion intéressante. Les repères permettant de barrer un voilier sans la vue sont au minimum des couples de repères. Par exemple, la contre-gîte n’est pas une information suffisante en elle-même, elle doit être associée au fasseyement des voiles ou à l’intensité du vent sur le visage pour indiquer au barreur s’il se trouve trop au vent ou trop sous le vent. De nombreux couples de repères et syllogismes ont été identifiés au cours de ce mémoire et a posteriori.
L’exaltation liée à ce travail a déclenché la volonté de pérenniser l’activité de l’association Orion et d’engager une nouvelle série d’expérimentation au cours d’un D.E.A. (Diplôme d’Etudes Approfondies) S.T.A.P.S..
3.2. 2004, se repérer sur un parcours sonore
Le but de cette recherche est d’étudier les rôles respectifs des sensations liées à l’action (sensations de glisse et audition des bouées en présence de l’élément « vent ») et des outils (carte tactile et repère de temps à vitesse constante) liés à la construction d’une représentation spatiale d’un parcours de match-racing sonore pour les sujets non-voyants. Les résultats de cette étude ont montré que l’association des bouées sonores, d’une carte tactile de l’espace de régate et d’une stratégie pour associer les deux permettent aux personnes non-voyantes de construire une représentation continue et fonctionnelle de l’espace de régate. La stratégie consiste à faire un tour de référence chronométré sur le parcours de régate. Les temps passés en bâbord amure et tribord amure sont mémorisés et divisés par cinq conformément à la représentation tactile de l’espace de régate. Ainsi, au cours des déplacements, le rapport au temps de référence renseigne sur la position relative au parcours.
Grâce à cette étude pédagogique, les marins de l’association ont appris une stratégie leur évitant de faire de la route en trop ou même de perdre le parcours comme il a pu déjà arriver par vent soutenu.
A la suite de cette étude, la question de l’appréhension de l’espace géographique maritime non visuel s’est posée. Cette question fera l’objet d’une thèse de doctorat S.T.A.P.S.
3.3. 2008, l’espace géographique maritime non visuel.
Depuis le mois de mai 2005, un contrat C.I.F.R.E. (Convention Industrielle de Formation par la Recherche) a été signé entre l’entreprise CECIAA (www.ceciaa.com) qui distribue du matériel informatique pour les personnes déficientes visuelles, le C.E.R.V. (Centre Européen de Réalité Virtuelle) (www.cerv.fr) et l’étudiant Mathieu Simonnet (pageperso.univ-brest.fr/~simonnet) pour engager une thèse de doctorat sur la représentation spatiale non visuelle devant aboutir à la mise au point d’un logiciel de navigation maritime adapté aux marins non-voyants en mai 2008.
L’objet de cette recherche consiste à identifier des informations non visuelles permettant la construction d’une représentation spatiale continu, c'est-à-dire sans « trous », de la géographie maritime. En nous appuyant sur les techniques de la réalité virtuelle, nous utilisons un bras à retour d’effort, le "Phantom" (www.3dsolutions.fr/fr/bras-retour-effort-sensable.htm), pour permettre aux personnes déficientes visuelles d’explorer des cartes géographiques virtuelles au cours de la simulation du déplacement du voilier ou en cours de navigation.
A termes, cette nouvelle technologie pourrait être appliquée à la simulation de déplacement en milieu urbain.

CONCLUSION.
D'une rencontre entre voile et déficience visuelle est né le désir de liberté et d’autonomie en mer pour un public fort dépendant à terre. Depuis 2002, les pratiquants d’Orion ont prouvé que les marins d’Orion constituent des équipiers efficaces.
Avec le souci de construire "avec" et pas seulement "pour", toutes nos adaptations sont basées sur des cahiers des charges établis par des groupes mixtes, c'est-à-dire composés de personnes handicapées et valides. Cette démarche, positionnant l’utilisateur au premier rang, nous a conduits à la mise en œuvre de nouveaux projets utilisant la pointe de la technologie informatique. Nous cherchons à communiquer de d’une manière sensible, naturelle et intuitive au moyen de la réalité virtuelle. Peut-être pourrons-nous reconnaître des bancs de poissons virtuels qui passent sous le bateau en temps bien réel ?

 

9023 visites depuis le 23 octobre 2006.